PREMIÈRES LIGNES #139

Bonjour, ravie de vous retrouver pour ce rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque. Cela permet ainsi de se faire une idée sur le livre que nous allons lire voire même de faire une belle découverte. Nous aimons beaucoup le principe.

Le concept est simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.


Le choix de EMY :

Chapitre I

Gabriel Paulsen ne s’embarrasserait pas de considérations aussi triviales que la politesse, les responsabilités ou le respect. Car, voyez-vous, il valait mieux que cela : il était écrivain. Il avait connu son quart d’heure de gloire en publiant un roman terrifiant qui avait été adapté au cinéma. Et même si le film n’avait enregistré qu’un nombre dérisoire d’entrées, l’un de ses livres avait été adapté sur grand écran et ce n’était pas rien ! Sa mère aurait préféré qu’il gagne un peu d’argent, à défaut de célébrité, mais là encore, Gabriel Paulsen flottait au-dessus des autres. C’était un artiste, alors quand sa mère le lançait sur ses moyens de subsistance, il lui répondait avec la verve condescendante qu’il utilisait quand elle lui parlait de ce qu’elle ne connaissait pas. Il gérait très bien sa carrière, merci, et elle n’avait pas à s’en faire pour lui.

Bien sûr, la réalité était autre, comme en témoignait la pile monstrueuse de factures et de rappels menaçants qui trônait sur une table d’appoint à l’entrée de son appartement. Toutes ces belles enveloppes qui menaçaient de se déverser sur le sol à chaque fois que la porte claquait lui étaient exclusivement adressées. À l’autre bout du spectre du savoir-vivre se trouvait son colocataire, Martin, qui payait ses factures en avance, donnait toujours un pourboire généreux au livreur de pizza et rangeait systématiquement une brique de lait pleine au frigo. Martin était donc la personne la plus ennuyeuse que Gabriel ait jamais rencontrée. Et cela, c’était en comptant la précédente colocataire de l’écrivain, Paula, une taxidermiste dépressive passionnée d’équitation et amoureuse d’un homme marié. Au moins, avec Paula, il y avait de l’action quand elle passait ses dimanches pluvieux à mettre sa tête dans le four et à l’en ressortir. Vivre avec Martin, c’était comme vivre avec une agrafeuse. Barbant, mais utile. Oui, car il fallait reconnaître que Martin effectuait sa part du ménage et parfois (souvent) un peu plus, et puis il payait toujours le loyer à temps.

Cependant, ce qui gênait le plus Gabriel, c’est que Martin ne riait jamais. L’écrivain ne pouvait même pas se remémorer la dernière fois qu’il l’avait vu sourire. Ce qui déclenchait chez lui certaines impulsions puériles. Il ne pouvait s’empêcher de le taquiner comme un enfant avec un petit frère pleurnichard qui ne cesse de chercher des façons inédites de le faire geindre.


Chronique : Gabriel Paulsen, tome 1 : L’illusionniste, S.T Blake.

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