PREMIÈRES LIGNES #160

Bonjour, ravie de vous retrouver pour ce rendez-vous du dimanche : premières lignes, créé par Ma Lecturothèque. Cela permet ainsi de se faire une idée sur le livre que nous allons lire voire même de faire une belle découverte. Nous aimons beaucoup le principe.

Le concept est simple, chaque dimanche, il faut choisir un livre et en citer les premières lignes.


Le choix de EMY :

Lettre 1. Igor

Bonjour. 

Comment commencer pareil texte ? 

Je me vois dans l’embarras, c’est la première fois que je me livre à un tel exercice. Je sais répondre à des questions, oui, bien sûr, mais jamais je n’ai tenu de journal, de carnet ou de toute autre chose de ce genre. 

Peut-être qu’une courte présentation s’impose, afin que nous fassions connaissance, vous qui me lisez. Je m’appelle Igor, fils d’un immigré russe et d’une mère anglaise. J’ai la trentaine et des cheveux légèrement grisonnants. Je dédie la plupart de mon temps libre à la pratique du violon, mais c’est un détail. Après avoir travaillé dans différents secteurs, je m’approche désormais d’une retraite bien méritée. Elle sera maigre et douloureuse, mais je compte la mettre à profit pour aider de grandes causes.

Au cours de cette lettre, je vais brièvement vous raconter ce qu’il s’est passé durant les 30 dernières années. Après tout, c’est ce qu’on nous demande…  Les concepteurs du projet Lagom sont restés assez évasifs et nous ont laissé une certaine liberté dans nos démarches. Je n’ai pas prétention à être exhaustif, je veux simplement vous transmettre mon témoignage de cette époque qui fera probablement frémir les savants des siècles à venir.  

Comme vous le savez sans doute, notre Terre bien-aimée est en souffrance. Elle dépérit sous nos yeux, et rien, j’en ai peur, ne pourra la sauver. J’ai honte de l’affirmer mais nous avons peut-être constitué le plus gros gâchis de l’histoire des civilisations, des règnes animaux, végétaux et géologiques présents sur terre. Comment en sommes-nous arrivés là ? Je ne saurais pointer une responsabilité unique et quantifiable. Le déni a été collectif et structurel. Nous avions nos mythes et nos représentations si solidement enracinés que seuls des fous auraient pu les contourner. L’Histoire de l’humanité était parsemée d’exemples lapidaires, de mises en garde que nous avons préféré considérer avec condescendance. Pourtant, nous tous, nous le savions. Les civilisations ne sont pas éternelles. Longtemps avant nous, l’Empire d’Akkad ou le Royaume d’Aksoud s’étaient éteints après avoir prospéré pendant des siècles. En Méso-Amérique, le déclin de la cité de Teotihuacan avait été provoqué par les sécheresses et la déforestation.Oui, l’espèce était perfectible. Nous avions toute la connaissance du monde dans notre poche et pourtant nous n’avons pas su contourner les précipices qui s’annonçaient. Notre incompréhension viscérale de la fonction exponentielle est peut-être ce qui nous a condamnés, notre obsession aveuglée pour une croissance infinie dans une planète aux ressources finies.


Chronique : Le Projet Lagom : mémoires d’un effondrement, Amaury Dreher.

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